Le parapluie : une histoire d’eau

ParapluieAlors que les frimas viennent chatouiller nos moustaches, annonçant l’arrivée prochaine de l’hiver, nos contemporains se munissent d’une invention millénaire ayant le pouvoir d’octroyer à son porteur le ridicule comme l’élégance, en fonction de ses caractéristiques.

Le parapluie est un objet très âgé. L’humanité se servit d’abord de ce toit que l’on emporte pour se protéger des rayons du soleil – le mot ombrelle date du XVIème siècle et vient de l’italien ombrello signifiant « petite ombre »-  ou de la pluie. Il figure d’ailleurs sur des œuvres antiques grecques, romaines, perses et même chinoises où son emploi était déjà fréquent il y a deux-mille ans.

Les européens jusqu’à la Renaissance firent cependant un usage bien parcimonieux de cet outil, préférant s’emmitoufler dans de larges capes pour se prémunir des intempéries.  On ne retrouve le parapluie à poignée recourbée qu’au XVIIème siècle sur de nombreuses peintures, ce qui démontre l’utilisation récurrente qu’en faisait tant l’aristocratie française que britannique.

Il était donc logique que français et anglais se disputent la paternité du parapluie moderne. Aussi est-il prétendu qu’en 1730, à Paris, un artisan eut l’idée de fabriquer des ombrelles de toile cirée afin de se protéger de la pluie. On estime outre Manche que ce fut un certain Jonas Hanway qui en 1756 fabriqua les premiers parapluies dont le principal usage consistait à se prémunir des averses londoniennes; les réactions furent partagées : les postillons virent en cet ustensile un concurrent déloyal, et les personnes fortunées le boudèrent, estimant que posséder un parapluie laissait supposer que l’on ne pouvait s’offrir une voiture.

Pourtant le parapluie s’imposa peu à peu, trouvant sa place dans une garde robe européenne qui ne connaissait pas encore les manteaux imperméables. Si les premiers modèles étaient à la fois lourds et encombrants, ils connurent une amélioration notable lorsque Samuel Fox introduisit en 1852 une structure faite d’acier permettant de les refermer de façon à ce qu’ils prennent moins de place. L’invention du manche télescopique fut quant à elle attribuée à l’allemand Hans Haupt, en 1930, et marqua la dernière innovation majeure en matière de parapluie.

Une adresse : James Smith & Son, au n°53 de la New Oxford Street à Londres. On y trouve toutes sortes de parapluies confectionnés de façon artisanale, de formes, de matières et de couleurs variées. Les manches peuvent même être adaptés à la taille du client.

Une anecdote : Les britanniques firent souvent preuve d’un pragmatisme de bon aloi, surtout en temps de guerre. Ainsi en 1814 à la bataille de Toulouse, l’armée anglaise avait-elle réquisitionné de nombreux parapluies auprès de bergers pyrénéens afin que la poudre de ses soldats reste au sec durant les combats. Cette initiative contribua, dit-on, à favoriser la victoire des insulaires sur les troupes impériales.